Réseau de neurones

Extrait du roman Les ingénieurs de la vie

Extrait du sixième chapitre :

Eliot Rubik s’adresse à une cinquantaine de journalistes qui se trouvent devant lui, dans la salle dédiée aux conférences de presse. Il propose une nouvelle technologie qui serait supérieure à l'IA.

Chapitre 6 :
intelligence
(année 2310)

 

« Voici une piste avec cette interrogation : comment une intelligence artificielle, qui ne ressent pas les sentiments, comme la passion, la joie, la tristesse ou la colère, peut-elle créer une histoire, et en faire un roman, une pièce de théâtre, ou un film, dont le but est de générer des sentiments chez le public ? demanda Rubik.

- Oui, je sais. La plupart des sentiments de l’intelligence artificielle sont des imitations… répondit le journaliste.

- Et il n’y a pas que les sentiments… Voici une autre donnée pour comparaison. Savez-vous combien d’énergie consomme votre cerveau ? lui demanda Rubik.

- Non. répondit le journaliste.

- C’est du même ordre que la consommation d’une simple lumière de bureau.

- Effectivement… murmura le journaliste.

- Et connaissez-vous la consommation d’un centre de données informatiques ? Ces fermes de serveurs qui portent l’intelligence artificielle sur des milliers de machines ?…

- Non, mais je perçois bien la différence qu’il y a entre les deux… précisa le journaliste, dans le silence de cathédrale qui s’était installé dans la salle de presse.

- Malgré tout, l’intelligence artificielle est, pour l’instant, car il faut rester prudent, un ouvrier dont le talent pour calculer est immense. Ceci abouti à des "créations" de textes de musiques, de voix synthétiques et d’images, réalisés en un temps record. Des images de synthèse peuvent ainsi être créées sur commande en quelques secondes, quand un graphiste va mettre plusieurs heures. Faut-il en avoir peur ? demanda Rubik.

- Non, bien au contraire ! Car ce n’est qu’un outil. Et comme chaque nouvel outil, autant être le premier à l’utiliser afin d’avoir une avance sur les concurrents… argumenta le journaliste.

- Exactement... L’intelligence artificielle est donc un outil de plus dans le développement économique. Et comme c’est l’humain qui est derrière cet outil, il faut que nos ingénieurs et entrepreneurs continuent de rêver, avec celui-ci en plus. N’oublions pas que les défis économiques ne se résolvent pas seulement grâce à la raison, mais également grâce à l’audace et à la prise de risque. Comme le saut en parachute… C’est à dire, en pariant sur l’avenir. Il faut oublier notre carcan social et historique. C’est ce qu’ont fait les habitants du nouveau monde en créant leur pays comme ils le souhaitaient, car leur histoire commençait à zéro. Chez nous, notre histoire plusieurs fois millénaire exerce encore un poids non négligeable sur nos mentalités. C’est bien pour cela que nous avons des androïdes qui font la navette entre le vaisseau mère et Amina. Si jamais il y a un problème à l’atterrissage, leur perte ne se compte qu’en budget. Il suffit de les remplacer par deux autres, et il y en a un bon nombre en réserve dans le vaisseau. En revanche, nos chercheurs ne sont qu’une petite vingtaine, et irremplaçables sur cette mission, car isolés à vingt années-lumière de nous.

- D’où l’intérêt, pour notre développement, d’utiliser de nouveaux outils qui nous permettent de travailler plus vite et mieux. Comme ce fut le cas lors de l’invention de la roue, de la machine à vapeur, de l’énergie électrique… conclut Charles qui était resté en embuscade, avant que Rubik ne prenne le relai à nouveau.

- Absolument ! Le dernier frein à cet usage était le partage d’informations, puisque l’intelligence artificielle puisait les données dans le réseau internet mondial. C’était cela sa valeur ajoutée. Or certaines mentalités en étaient encore dans la rétention d’informations, puisque pour celles-ci, retenir de l’information était considéré comme détenir le pouvoir. Les peurs vis-à-vis de l’intelligence artificielle étaient les mêmes qu’il y avait lors de l’apparition de chaque rupture technologique. Souvenez-vous des craintes suscitées à la fin du vingtième siècle par l’apparition de l’internet. Un nouvel outil, une nouvelle rupture technologique, surtout dans la hiérarchie des entreprises…

- Oui, je me souviens : il y a trois cents ans, nous étions passé d’un modèle vertical, à un modèle horizontal dans la hiérarchie de certaines entreprises. rajouta Charles.

- La plupart !… En résumé, nous avons des androïdes simples et fiables pour la réalisation de tâches programmées par nos ingénieurs restés en orbite autour d’Amina ! » s’exclama Eliot Rubik.

     Une journaliste du deuxième rang demanda la parole en levant la main. Eliot la regarda, puis lui fit signe de la tête pour qu’elle pose sa question.

« Comme toute rupture technologique, l’intelligence artificielle atteindra-t-elle ses limites d’évolution ? Car à n’être qu’un super calculateur, aurait-elle ses limites en elle-même ?

- Bien sûr que oui. L’étape suivante serait de créer de l’intelligence de manière artificielle. Saisissez-vous la nuance ?

- Si vous voulez dire, de l’intelligence biologique ? On le fait déjà…

- Pas du tout ! Je vous parle là de créer des neurones qui s’agenceraient entre eux pour réaliser un tissu pensant. Il ne s’agit pas d’assembler des morceaux de tissus, ou d’organes, provenant d’êtres vivants, comme on le fait déjà. Effectivement, cette technique est maîtrisée. Mais elle comporte des limites. »

Publié dans Actualités.

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